Macron et les fonctionnaires

Publié le par Vincent Sévigné

Les grèves et les manifestations sont restées modérées dans la fonction publique, en dépit d’un front syndical unitaire ; cela me semble normal.

 

D’une part, la peur du chômage devient une hantise de plus en plus oppressante dans le privé ; les fonctionnaires ont bien conscience, plus ou moins explicitement, que la garantie de l’emploi est un « acquis » inestimable.

 

D’autre part, les mots d’ordre syndicaux n’étaient pas très porteurs. Il est normal qu’il y ait un jour de carence : si on est vraiment malade, ce n’est pas cela qui empêche de se faire soigner.

 

La peur du chômage précitée aide à mieux tolérer le gel du point d’indice ; d’autant plus que, dans le public, il y a une petite augmentation systématique du salaire avec l’ancienneté ou l’avancement.

 

Il est indispensable de faire des économies ; il faut donc diminuer globalement le nombre d’agents publics. Certes, nombre de secteurs sont à la limite de la rupture et la réorganisation n’est pas facile, mais elle est nécessaire.

 

Enfin, et les syndicats l’ont bien compris, les futurs dossiers risquent d’être beaucoup plus chauds. Le système actuel des retraites est, globalement, plus favorable dans le public que dans le privé : une remise à plat serait donc délicate. L’apprentissage concerne aussi, plus ou moins directement, la sphère publique. De plus, et surtout, son évolution est cruciale pour l’avenir des grands leaders syndicaux ; le gouvernement ne manquera pas d’essayer de jouer sur la division ; il l’a déjà fait en coulisse.

 

Mais le dossier le plus explosif serait certainement la remise en cause du statut de la fonction publique, notamment la sécurité de l’emploi précitée. Selon moi, cette assurance est un pilier de la France : une instabilité généralisée peut conduire aux pires excès. Mais, ce n’est pas l’avis du grand capital, le véritable donneur d’ordres pour le gouvernement actuel, sauf à la marge. Les syndicats savent qu’ils doivent garder leurs forces pour cet éventuel combat ultime.

 

Je crois utile de rappeler l’une de mes convictions intimes : on ne gère pas un secteur public comme on gère une entreprise. Et ceci est d’autant plus prégnant que l’on s’oriente vers une gestion « moderne » où le salarié n’est qu’un pion destiné à être jeté dès qu’il n’est plus suffisamment rentable. Le public doit être géré sur le long terme : un agent du service public a donc besoin de stabilité sur un horizon lointain.

 

Une dernière remarque, que l’on trouve assez peu dans les médias : il semblerait que, lors des grandes manifs, les casseurs soient moins actifs aujourd’hui qu’en « Hollandie » ; si ceci se confirme, ce serait un bon point, qui pourrait peser lourd, en faveur de monsieur Macron.

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