Sondages et cathos

Publié le par Vincent Sévigné

Peut-on croire les sondages ? Oui. J'ai dit, en son temps, que certains sondages n'avaient aucun sens, ce que la suite a confirmé. Aujourd'hui, la situation est totalement différente car les sondeurs peuvent s'appuyer sur des données connues, précises et abondantes : les résultats du premier tour. De plus, même quand les sondages peuvent difficilement évaluer un état brut, ils peuvent, du moins, bien estimer la « dynamique ».

 

On peut donc penser que l'élection de dimanche sera une double victoire. Celle de monsieur Macron, mais aussi celle de Marine Le Pen : pour elle, un score voisin de 40% sera une étape historique dans sa marche vers l'Elysée. Cela veut-il dire qu'il est inutile d'aller voter ? Non, car 38%, 40% ou 42% seront des résultats profondément différents. De plus, les sondeurs pourront estimer, avec une extraordinaire précision, la trame des reports de voix : c'est comme cela, vous pouvez le croire. Votre vote n'appartiendra qu'à votre jardin secret et pourtant il sera disséqué au scalpel en ce qu'il a de collectif.

 

Or, cette analyse des abstentions et des reports jouera un rôle fondamental dans la préparation des législatives. Un score à 58%, ou moins, serait un indice de la faiblesse, voire du rejet, de monsieur Macron. Il inciterait la droite classique à se regrouper pour gagner le troisième et le quatrième tour. Au contraire, un score de 62%, ou plus, donnerait un formidable élan à monsieur Macron. Il inciterait les « indécis », certains diront les opportunistes, du centre droit à se rallier à Macron. C'est d'ailleurs pour cela que, à mon avis, demander de voter Macron était une énorme d'erreur de la part des ténors de la droite.

 

De plus, une analyse plus fine, notamment celle du report des partisans de Mélenchon, influera évidemment sur l'organisation technique du choix des candidats dans les diverses circonscriptions. Dès dimanche soir, les calculettes vont chauffer pour nous préparer une délicieuse tambouille digne de la quatrième République. Le débat de ce soir, mercredi 3 mai, est donc important car il peut provoquer une modification de 1%, voire 2%, du vote final.

 

Une question bête, et surtout pas méchante : des célébrités soutiennent Macron : Omar Sy, Dany Boon, et bien d'autres. Est-ce qu'ils paient leurs impôts en France ?

 

Une dernière question, encore plus bête. A l'initiative de la spécialiste des rapports entre la jupe et le bénitier, un texte a été pondu. Accessible sur internet, publié par le journal La Croix du 2 mai, c'est une exhortation nourrie d'un siècle d'action catholique et d'inspiration jésuitique garantie. Il en ressort qu'un bon chrétien doit voir et juger avant de voter. Or, d'une part, les commentateurs sont unanimes pour constater que, au premier tour, ce sont les faibles, les oubliés de la croissance, les ouvriers, les employés, les cabossés de la vie qui ont massivement voté pour madame Le Pen. J'ai la naïveté de croire que les pauvres sont les mieux placés pour savoir ce qui est bon pour eux. Or, par ailleurs, la bonne nouvelle de Jésus-Christ affirme qu'un bon catho doit « aimer de préférence les petits et les pauvres, les exclus et ceux qui souffrent » (le pape François, à Fatima, le 13 octobre 2013). J'en conclue donc, là encore naïvement, qu'un bon catho doit voter pour Marine. Et pourtant, je ressens un doute. Pouvez-vous affermir ma foi en me confirmant que j'ai bien discerné le sens profond de l'exhortation précitée ?

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