La grande loi Bayrou

Publié le par Vincent Sévigné

Monsieur Bayrou nous promet une grande loi de moralisation de la vie politique qui sera proposée au Parlement avant même les législatives. On en connaît déjà les grandes lignes.

Interdire de prendre un parent comme attaché parlementaire : selon moi, c'est une proposition circonstancielle, suite aux affaires Fillon, de peu d'intérêt : on connaît bien ses proches et on sait ce qu'il est raisonnable de leur confier. Dans le domaine du favoritisme, il y a infiniment pire et beaucoup plus dévastateur. Mais, passons.

S'attaquer aux conflits d'intérêt : c'est un sujet important mais extrêmement compliqué techniquement. J'espère que monsieur Bayrou arrivera à pondre un texte qui tienne la route.

Diminuer les privilèges des députés : c'est une priorité absolue. Depuis plus de dix ans, les parlementaires, de droite comme de gauche, augmentent leurs rémunérations et leurs avantages. La situation actuelle est scandaleuse : le mot n'est pas trop fort. Les députés ne peuvent pas demander des « sacrifices » aux Français s'ils ne font pas, eux-mêmes, un petit effort.

Si la loi proposée constitue une avancée réelle, probablement imparfaite, la droite et l'extrême droite auraient gravement tort de ne pas la voter.

Alors, j'applaudis ? Oui et non ; ou plutôt, pas encore. Oui pour les motifs précités. Mais ma réserve porte sur le titre : une grande loi … Non. C'est une toute petite réforme. C'est le minimum du minimum. C'est une goutte d'eau comparée aux chantiers dantesques qui attendent le gouvernement : quinze ans d'inaction, sinon plus, cela laisse des séquelles.

Tout d'abord, les députés ne sont pas les seuls à sucer le sang du peuple, loin s'en faut. Mais il y a plus grave. Les prisons sont surchargées : il faut absolument aborder sérieusement comment mettre en œuvre d'autres moyens de coercition et de réintégration. Le trafic de drogue nourrit la délinquance qui engendre le terrorisme : il faut absolument prendre le problème à la base sous un angle pragmatique et non pas idéologique.

Il y a, environ, deux millions de pauvres qui sont prêts, immédiatement, à se ruer sur la France, la moitié par la Turquie, l'autre par l'Afrique du Nord. Si on les laisse entrer, cela fera un appel d'air et il seront dix millions à frapper à la porte. Il ne sert à rien de le nier. Qu'est-ce qu'on fait ?

Dans ces domaines, et dans bien d'autres, le ministère de la justice est autant concerné que celui de l'intérieur. Madame Le Pen se remettra de sa chute de cheval car, dans les domaines que je viens d'évoquer, c'est elle qui a, en partie, les bonnes réponses ; pour qui sait le transformer, l'échec peut être salutaire : c'est probablement cette expérience qui manque encore le plus à monsieur Macron.

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