Ne croyez pas les sondages

Publié le par Vincent Sévigné

Le passé récent a montré que les sondages étaient bien moins fiables que le bon sens commun. Il faut bien que les instituts de sondages gagnent leur vie mais leurs affirmations, à la limite de la mauvaise foi, risquent fort de jeter le doute sur l'équilibre du peuple français et sur la science elle-même.

 

Pour justifier leurs échecs répétés et massifs, les sondeurs nous disent qu'un sondage donne un aperçu de l'état de l'opinion à un instant donné ; si cela était vrai, cela voudrait dire que le petit peuple de France est une girouette : je suis persuadé du contraire. Par contre, il est vrai qu'il regarde attentivement les candidats, leurs programmes et leurs déboires juridiques et que cela peut modifier son appréciation et donc son vote.

 

Je rappelle d'abord, en omettant les détails techniques, ce que j'ai déjà dit le 6 décembre 2016. La méthode des quotas ne peut fonctionner que si on a des informations fiables sur la population sondée, informations relatives à la question posée. Cela signifie notamment que, même si on « connaît » assez bien la population, par exemple l'ensemble des électeurs français, la méthode précitée ne marche pas si la question posée concerne un domaine très différent de ceux que l'on sonde habituellement et donc sur lequel on n'a pas, ou peu, d'informations a priori.

 

Or, il y a un point sur lequel tous les observateurs sont d'accord : les élections présidentielles de 2017 sont complètement hors normes et donc leur issue est particulièrement imprévisible. Les sondages actuels peuvent donner des indications sur les tendances : par exemple, ils peuvent noter que le soutien de François Bayrou a apporté un élan non négligeable à la candidature d'Emmanuel Macron. Mais ils ne peuvent donner des informations précises sur le bilan que sur des points ayant un passé connu, par exemple le noyau dur de Marine Le Pen (j'ai bien dit le noyau dur et non pas l'électorat potentiel).

 

Selon moi, l'issue la plus imprévisible est celle du deuxième tour. Or, les sondeurs n'hésitent pas à donner des estimations, avec des fourchette assez étroites, sur ce point. Pour m'éviter un procès, je préfère ne pas donner mon avis de scientifique sur une telle prétention. Je vais seulement indiquer ce que me donne à prévoir mon pifomètre personnel.

 

Quoi qu'en disent certains observateurs, l'électorat français n'a pas changé ; mis à part les abstentionnistes, il y a quatre camps à peu près de même taille : la gauche de la gauche, la gauche qui souhaite gouverner, la droite classique et la droite souverainiste. S'il y a un duel entre Fillon et Macron, l'arrivée se fera « dans un mouchoir », « comme d'hab ». Observons le cas où Marine Le Pen arrive au deuxième tour. Si elle est contre Fillon, toute la droite classique et une grande partie de la gauche voteront pour Fillon, même si c'est, pour certains, « en se bouchant le nez » ; Marine ne fera pas plus de 40%.

 

Regardons enfin le cas où Marine est contre Macron : l'issue finale me semble imprévisible. Macron, c'est Hollande avec l'expérience et le bon sens en moins. Macron, c'est le retour à la quatrième République (avant le retour de de Gaulle). Entre la soumission aux multinationales et la chienlit assurée, avec Macron, et Marine, quelle est la proportion de la droite, voire de l'extrême gauche, qui choisira le saut dans l'inconnu ?

 

Et au premier tour ? Fillon peut encore battre Macron si, au Trocadéro, il concentre ses attaques contre cet adversaire. Quant à Macron – voir le Parisien du 2 mars - mis à part quelques mesurettes populistes, il reste sur la même ligne : demain on rase gratis ! Des dépenses tous azimuts et « l'ouverture de négociations » sur quelques sujets qui fâchent, notamment celui des retraites. Combien y aura-t-il de gogos à gober cela ?

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