La parole donnée

Publié le par Vincent Sévigné

Fillon avait promis de se retirer s'il était mis en examen. Il a considéré que la procédure instruite à son égard était partiale, voire instrumentalisée : il a donc estimé que cette injustice le libérait d'une parole qui présupposait un minimum d'honnêteté intellectuelle de la part des magistrats instructeurs.

 

Manuel Valls avait promis, et signé, qu'il soutiendrait le candidat de gauche investi par la primaire. Celui-ci, Benoît Hamon, a, logiquement, fait campagne sur le programme qu'il avait défendu dès la primaire. Il a également essayé de rassembler son camp, notamment en effectuant une ouverture vers les écologistes. Manuel Valls a observé la descente de Hamon et la montée de Macron dans les sondages. On comprenait qu'il se taise, mais il a été beaucoup plus loin. Il a renié sa parole et le prétexte invoqué laisse pantois : s'opposer à Marine Le Pen. Or, il est bien évident que Fillon est certain de battre Marine au second tour ce qui est de moins en moins le cas pour Macron. Je note aussi que celui-ci n'est pas très « regardant sur la marchandise » : il se félicite de ce ralliement sans sourciller. Sa priorité est de ratisser large.

 

Ce qui m'intéresse dans ce billet, ce ne sont ni Macron, ni Fillon, ni Valls : ce sont les médias. Car les médias ne se sont pas restreints à exposer les avis des uns et des autres. Ils ont pris parti, à titre personnel, en tant que journalistes responsables, y compris ceux qui sont payés par le contribuable. Ils ont orchestré une campagne inique contre Fillon. Or, à cette heure, majoritairement, ils « félicitent » Valls pour son bon sens et sa lucidité. Les quotidiens qui soutiennent Hamon sont les seuls, me semble-t-il, à dénoncer la forfaiture de Valls. Dans cette affaire, selon moi, le plus infamant, ce n'est pas Valls, mais ce sont, collectivement, les médias.

 

Je dois avouer que ma première réaction relève de l'indignation. Elle me donne envie de voter pour les victimes : Fillon au premier tour puis, s'il n'est pas au second tour, Marine Le Pen. Certes, la colère est mauvaise conseillère : mais je ne suis peut-être pas le seul à penser ainsi. La droite classique est, en partie, tétanisée mais son réveil le 23 avril ou le 7 mai pourrait être extrêmement violent. D'ailleurs, Marine a compris qu'elle avait une petite chance dès 2017 : son programme est de plus en plus modéré.

 

Et maintenant ? Une descente de Hamon en dessous des 5% serait un désastre pour le parti socialiste. Selon moi, la dernière initiative de François Hollande doit être d'éviter cette Bérézina morale et financière. Il doit bien cela aux militants qui l'ont porté au pouvoir. Il lui suffit de contester discrètement la trahison de Valls : Le Drian n'était pas engagé par la primaire, mais Valls l'était. Une telle mise au point, au nom de la morale, ne déplairait pas à Macron. Enfin, et surtout, ce serait un « coup de pied de l'âne » « offert » à Valls : à félon, félon et demi.

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SERGE 02/04/2017 08:51

Marine est-elle ta copine pour que, elle, tu utilise son prénom?