Marine et les 144

Publié le par Vincent Sévigné

L'affaire Fillon a un peu occulté les campagnes des autres candidats. Il est trop tôt pour analyser en détails les programmes de Hamon et de Mélenchon : l'un et l'autre ont peu de chances d'atteindre le second tour s'ils ne trouvent pas un consensus pour « sauver » la gauche. Macron n'a toujours pas de programme et je pense qu'il n'en aura jamais : c'est la technique Royal pour ratisser large.

 

Par contre, le programme de Marine Le Pen semble bien stabilisé. Je suis d'accord avec une bonne partie de celui-ci, y compris dans les domaines les plus contestés : rejet de la mondialisation sauvage et donc un peu de protectionnisme (préférence nationale), rejet de l'asservissement au travail au seul profit des milliardaires et des apparatchiks, retour de l'autorité, revalorisation du travail manuel, lutte intelligente contre le terrorisme, rejet des contraintes administratives aberrantes, qu'elles viennent des syndicats ou de l'Europe et donc ouverture de l'espace syndical et d'une nouvelle relation avec l'Europe, sécurisation de l'épargne des Français, etc.

 

Pour autant, mon adhésion est loin d'être totale. Tout d'abord, il me semble que madame Le Pen veut satisfaire trop de souhaits à la fois : « qui trop embrasse, mal étreint ». La retraite complète dès soixante ans me semble utopiste. La TVA, compensée par des mesures en faveur des plus fragiles économiquement (Prime de Pouvoir d'Achat par exemple), est un impôt juste : s'engager à ne pas l'augmenter me semble une erreur. Le système actuel des APL est aberrant ; il encourage la hausse des loyers et favorise surtout les plus riches : il vaut mieux augmenter le nombre et le montant des bourses pour les jeunes ou les étudiants. Je ne crois pas aux vertus du service militaire, que j'ai bien connu ; il faudrait le réserver, ou l'imposer, à ceux qui n'ont pas d'emploi. Nationaliser les autoroutes coûterait fort cher et serait la porte ouverte vers une surenchère démagogique : le lobby des automobilistes est puissant. Créer 40.000 places dans les prisons me semble beaucoup ; il vaut mieux réserver une partie de son énergie pour l'amélioration du fonctionnement des peines alternatives.Etc.

 

Par ailleurs, j'attends la suite de sa campagne pour avoir des précisions sur un certain nombre de points. Elle veut restaurer l'autorité du maître (à l'école) ; c'est une priorité, mais comment compte-t-elle procéder techniquement ? Si j'ai bien compris, elle envisage une économie qui utiliserait deux monnaies en même temps, le franc et l'euro : comment va-t-elle assurer cette coexistence ? Comment va-t-elle, concrètement, supprimer l' Aide Médicale d'Etat ? (va-t-on laisser des sans papiers mourir dans la rue ?) Elle avait envisagé de baisser de 2% les crédits alloués aux collectivités territoriales : je n'ai pas retrouvé cette proposition, selon moi indispensable. Revenir à trois niveaux d'administration : comment va-t-elle, concrètement, organiser ce travail d'Hercule ?

 

Si elle est élue, madame Le Pen sera confrontée au « principe de réalité ». A-t-elle l'envergure nécessaire et a-t-elle une équipe suffisamment compétente pour mettre les priorités dans le bon ordre ? Ou faut-il attendre 2022 pour qu'elle ait, enfin, un véritable programme de gouvernement ?

 

Le programme de Fillon est clairement à l'opposé de celui de Marine. Quant à l'homme, est-il pire que les autres ? Non, loin s'en faut ! Mais il ne vaut guère mieux ! Or, il s'était construit un personnage à l'abri de toute avidité : c'est cette couleuvre que les Français ont un peu de mal à avaler. De plus, si on lui confie le pouvoir, quel sera son niveau de connivence avec les milliardaires et les apparatchiks ?

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