Macron et l'Histoire

Publié le par Vincent Sévigné

Les colonisations successives sont intrinsèques de l'histoire des peuples. L'homo sapiens a colonisé l'homme de Néandertal. Des empires se sont créés, ont parfois connu un âge d'or puis se sont délités.

 

Comment jauger une colonisation ? Par comparaison et au vu des critères de l'époque ? A-t-elle respecté les autochtones qui la précédaient ainsi que leurs valeurs ? A-t-elle instauré une civilisation qui a fait progresser l'Humanité ? L'historien peut donner des éléments objectifs d'appréciation mais le jugement global relève de la morale et non de l'histoire, morale qui évolue et qui est conditionnée elle-même par son passé. Au XIX ième siècle, il y avait encore des « hommes blancs » d'une haute valeur éthique qui s'interrogeaient pour savoir si « l'homme noir » avait une âme !

 

La pax romana a-t-elle eu un effet stabilisateur pour le bassin méditerranéen ? Les « invasions » arabes ont-elles engendré un âge d'or bénéfique pour une partie du susdit bassin et bien au-delà ? L'essai de colonisation de l'Europe par l'Allemagne nazie a-t-il offert un éclairage utile sur le cœur de l'homme ? La colonisation de l'Europe de l'Est par le régime stalinien – cautionnée par une bonne partie de l'intelligentsia et de la classe ouvrière françaises – a-t-elle offert un peu plus de bonheur aux peuples concernés ?

 

Critiquer la colonisation française est une lubie de la gauche bobo. Vouloir instrumentaliser, comme le fait monsieur Macron, ce marqueur à des fins électoralistes me semble une grave erreur de jugement. Est-ce de l'inconscience, une méconnaissance totale de la réalité historique ou du cynisme à l'état pur ?

 

J'ai déjà dit que le cas de l'Algérie devait être traité avec beaucoup de tact et de prudence. Il est vrai que l'alphabétisation et la mise en responsabilité des plus pauvres était plus qu'insuffisante et le fait que cette émancipation n'était pas souhaitée par la caste évoluée ne saurait être une excuse. Par contre, au lendemain de l'indépendance, tout fonctionnait parfaitement en Algérie : c'est donc dire que l'élite était bien formée et que de Gaulle avait su préserver, voire même construire, une économie saine ; la comparaison avec ce qui s'est passé en Irak est édifiante. De même, quelques années après l'indépendance, les coopérants français étaient chaleureusement accueillis : absolument rien à voir avec le rejet du « boche » après la « dernière guerre ». Il a fallu le retour au pouvoir de de Gaulle pour commencer à lutter contre cette répulsion. Selon moi, l'attitude provocatrice, voire malsaine, de Macron évoquée plus haut est anti-gaullienne par essence.

 

Enfin, peut-on commencer à échanger sainement sur la colonisation française en Algérie ? NON. Car l'historien n'a pas encore pu effectuer le déchiffrage de base : il reste beaucoup trop de non-dits. Je n'en citerai que trois, parmi d'autres. Le génocide des harkis après l'indépendance. Le bilan de l'action du gouvernement algérien durant le demi-siècle qui a suivi l'indépendance. Le rôle déterminant de François Mitterrand dans l'utilisation de la torture durant la guerre d'Algérie ; la torture ne fait pas partie de l'ADN de l'armée française : Aussaresses était méprisé par ses pairs. De même que les SS étaient détestés par les hauts responsables de l'armée allemande.

 

Par contre, la réhabilitation d'Abd el-Kader est une première étape que je cautionne sans réserve.

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