Fillon dans le décor

Publié le par Vincent Sévigné

Un peu d'huile dans le virage de Mulsanne et François a dérapé ; victime de plusieurs tonneaux, il a pulvérisé les décors qu'il avait lui-même patiemment plantés. Il se croyait armé pour affronter la tempête : il a suffi d'un article factuel et pas particulièrement agressif pour révéler sa fragilité. Il affirmait avoir rencontré le peuple : son pèlerinage n'était pas fiable, sinon il aurait tout de suite compris que l'article précité allait toucher les « sans dents ». Au lieu de cela, il a accusé un journal de toutes les turpitudes, alors que le rôle des médias est d'abord d'informer.

 

Il aurait pu, ou aurait dû, reconnaître les faits et dire que, à l'époque, « tout le monde faisait cela » mais que, depuis, il a compris que c'était une erreur : on aurait pu lui pardonner. Il aurait pu expliquer que Pénélope avait envisagé, un « moment », d'amorcer une carrière de critique littéraire mais que, au bout d'un an, elle a préféré se limiter au soutien de son mari et de ses enfants. Il aurait pu assurer qu'il serait attentif pour éviter tout risque de collusion avec le grand capital. Rien de tout cela n'est venu, bien au contraire.

 

Dès le 26 janvier, lendemain de la parution de l'article précité, j'avais émis mes réserves sur le système de défense de François Fillon. Et pourtant, monsieur Fillon était l'homme politique dont je me sentais humainement le plus proche. Il m'a fallu quelques jours pour faire le deuil de cette image d'Epinal : il faudra plus de trois mois pour réparer, partiellement, cette image. Fillon parle de complot, de meute : je ne crois pas que les déçus, comme moi, soient des loups assoiffés de sang.

 

Fillon doit jeter l'éponge ; c'est son seul créneau pour conserver un peu de crédit pour préparer 2022 : en cinq ans, il peut reconstruire un autre décor. Sa succession est assurée. Tant qu'il ne s'est pas désisté, Juppé ne peut pas se présenter comme un « plan B ». Est-ce que Juppé piaffe d'impatience ? Non : il a été marqué par son échec à la primaire. Par contre, si Fillon se retire, est-ce qu'il se portera candidat ? Oui, par devoir. Il ne veut pas de Marine Le Pen. Or, celle-ci lance un programme offensif et original qui peut plaire aux Français. Face à Macron, elle a des chances dès 2017.

 

Certains réseaux sociaux susurrent que c'est Macron, informé par le pouvoir en place, qui a transmis au Canard Enchaîné les pièces maîtresses du dossier. Cette hypothèse me semble étonnante : remplacer Fillon par Juppé serait probablement une bonne nouvelle pour Marine ; par contre, ce serait une très mauvaise alternative pour Macron.

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