50 nuances de Macron

Publié le par Vincent Sévigné

Emmanuel Macron brigue le César du meilleur flou en politique. Même dans le domaine économique, qui devrait être son fer de lance, monsieur Macron fait preuve d'une maîtrise inégalée du scintillement des mirages.

 

L'ISF sera aménagé ; on peut être sûr que la modification sera suffisamment complexe pour ne pas brimer les propriétaires les plus fortunés : on leur demandera seulement d'investir « intelligemment ». Les 35 heures : elles ne seront pas complètement remises en cause.

 

Les fonctionnaires : on va supprimer cinquante mille postes (sur cinq ans) en ne renouvelant pas quelques départs à la retraite ; mais il faudra bien en embaucher d'autres pour assurer les nouvelles orientations du programme. De même, on va supprimer soixante-dix mille postes dans les collectivités territoriales : rappelons que celles-ci ont créé un million de postes en dix ans pour ne rien faire de plus qu'avant, ou si peu.

 

Les économies ; on va améliorer les systèmes en place : que voilà une idée originale à laquelle personne n'avait pensé ! On va mieux vérifier l'ardeur des chômeurs pour retrouver du travail : suggestion astucieuse s'il en est ! On va mieux organiser l'administration : ça, c'est un scoop ! Le régime des retraites ; il est presque à l'équilibre : ouf, nous voilà rassurés ! Bref, tout est dans la nuance.

 

Les dépenses ; là, monsieur Macron ne lésine pas : cinquante milliards « d'investissements ». Dont quinze milliards pour la formation et vingt milliards pour l'amélioration de l'administration, la santé, l'agriculture, les transports : c'est-à dire, essentiellement, de nouveaux emplois. Qui les gèrera ? Dans quelle optique ? Il y aura, aussi, quelques dispositions en faveur des plus modestes. Et monsieur Macron nous affirme, sans rire, ou même avec des accents qui se veulent gaulliens, qu'il diminuera les impôts et que la France respectera la barre fatidique des 3%. Quel chef ! On va raser gratis.

 

Par ailleurs, le silence est encore presque total sur d'autres sujets économiques qui fâchent : la simplification des procédures, le compte pénibilité, la taxation des multinationales, le CETA, l'ubérisation, la réforme de l'apprentissage, l'aéroport de Notre-Dame des Landes, le nucléaire, etc. Rassurons-nous, il y a encore presque deux mois pour affiner ces « détails ».

 

En dehors de l'économie, les rares initiatives de monsieur Macron sont encore plus édifiantes : un soutien condescendant à la manif pour tous, un slalom sur la colonisation. On connaît peut-être un peu moins ses traits de génie : « il n'y a pas de culture française (sic) » (à Lyon) ou encore « l'art français, je ne l'ai jamais vu (resic) » (à Londres). Quand elle sera sur un radeau dirigé à la gaffe, la France va regretter le pédalo. Et il reste tous les autres domaines à explorer.

 

Quant au fond, monsieur Macron prépare un retour à la quatrième République, ce qui n'est pas pour déplaire à François Bayrou, voire à Ségolène Royal : la haute finance est persuadée, à tort ou à raison, qu'elle saura la manipuler à son profit tout en permettant à la plèbe de survivre. Et tant pis pour les classes moyennes, car il faudra bien, face au « principe de réalité », que quelqu'un paye. Rappelons aussi, pour les plus jeunes, que c'est cette même quatrième République qui avait fait de la France « l'homme malade de l'Europe ». C'était avant de Gaulle.

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