Valls mise contre le 49.3

Publié le par Vincent Sévigné

Valls joue au poker, mais il joue gros, très gros. Rappelons d'abord que Fillon a compris que les électeurs de la primaire n'étaient pas ceux de la présidentielle. Il lui faut maintenant recentrer son programme. Le recul sur la sécu en est une étape importante.

 

Manuel Valls a fait la même analyse : il adopte donc un discours beaucoup plus à gauche que son positionnement « normal ». Mais, selon moi, il n'a pas choisi la bonne carte. Supprimer le 49.3 est un marqueur de l'extrême gauche mais c'est aussi un choix majeur : c'est le retour à la quatrième République.

 

Un tel tête-à-queue peut-il s'avérer suffisamment crédible pour convaincre les électeurs à la gauche de la gauche ? Je pense que non, sauf à la marge. Par contre, il risque fort de déconcerter la « gauche de gouvernement ». Selon moi, Manuel Valls ne peut gagner la primaire que si son oral est excellent et s'il donne l'impression qu'il a la stature d'un président. Ses adversaires vont logiquement chercher à le déstabiliser sur son volte-face illogique précité.

 

Il faut aussi que ses adversaires ne soient pas à la hauteur de l'enjeu. Vincent Peillon peut-il lui prendre quelques voix au centre gauche ? Arnaud Montebourg peut-il être crédible ? Enfin, et surtout, Benoît Hamon peut-il confirmer une maîtrise minimale de ses dossiers et de ses options ?

 

Par ailleurs, si Valls gagne la primaire, il lui sera très difficile de se déjuger en ce qui concerne le 49.3. Or, majoritairement, la France ne souhaite pas revenir au parlementarisme : ce serait abandonner l'essence même de l'héritage gaullien.

 

Peut-on faire un pronostic sur l'issue du poker ? Selon moi, la seule certitude est l'inanité des prévisions des sondages. L'incertitude sur la primaire de la gauche et, a fortiori, sur la présidentielle est du même niveau qu'elle ne l'était en juin pour la primaire de la droite. Rappelons que les résultats ont complètement contredit les prévisions des instituts de sondages.

 

Il est peut-être aussi utile de préciser un point concernant « l'indécision » des sondés. Prenons l'exemple des prévisions sur la primaire de la droite en juin dernier. Quand on demande à un sondé si sa décision est ferme, il faut comprendre ce qu'il entend : « est-ce que mon opinion est définitive sur ce qui me semble essentiel ? » Or, l'essentiel, pour la majorité des électeurs potentiels de la droite et du centre, était d'être pour ou contre Sarkozy. Un sondé pouvait donc, de bonne foi, affirmer que son choix était définitif alors que, en fait, son choix entre Juppé et les autres candidats, hors Sarkozy, n'était pas du tout stabilisé. Je ne crois pas que les Français soient des girouettes comme le laissent penser les instituts de sondages.

 

Il est donc préférable de ne pas croire aux sondages et de se limiter à des remarques de bon sens. Si François Fillon « rate » son virage vers le centre, si la prochaine primaire révèle, encore un peu plus, la décomposition de la gauche et exhibe un candidat peu crédible, cela ouvrira un boulevard pour Emmanuel Macron.

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