Haro sur les sondages !

Publié le par Vincent Sévigné

Les instituts de sondages sont-ils irresponsables ou, pire, mal intentionnés ?

 

Rappelons d'abord la méthode des quotas. On suppose que l'on veut sonder une population que l'on connaît déjà assez bien. Pour simplifier, supposons que le sondage porte sur une question avec uniquement deux réponses possibles, oui ou non. On « découpe virtuellement » la population en groupes en sorte que la « variance » de chaque groupe soit la plus faible possible. Cela veut dire que l'on « crée virtuellement » des groupes dont on sait, a priori, qu'ils vont voter oui très majoritairement et d'autres groupes qui, au contraire, vont voter non, là aussi, à une forte majorité. Par exemple, un groupe sera constitué des artisans de 25 à 45 ans. Il suffit alors de tester, pour chaque groupe, une petite évolution dans un sens ou dans l'autre. On augmente le nombre des sondés pour les groupes « instables ». Les cas plus compliqués sont étudiés de façon analogue.

 

Il est donc clair que cette technique ne peut fonctionner que si on a des informations fiables sur la population sondée, informations relatives à la question posée. Cela signifie notamment que, même si on « connaît » assez bien la population, par exemple l'ensemble des électeurs français, la méthode précitée ne marche pas si la question posée concerne un domaine très différent de ceux que l'on sonde habituellement et donc sur lequel on n'a pas, ou peu, d'informations a priori.

 

Observons d'abord le cas de la primaire de la droite. On connaissait mal le corps électoral. On avait peut-être quelques informations sur l'anti-sarkozisme. Par contre, on en avait fort peu sur le choix entre Juppé, Fillon et les autres « petits » candidats. Les sondages « anciens » affirmant que le deuxième tour se jouerait entre Sarkozy et Juppé étaient donc « bidons ». Les sondages plus récents ont bien décelé la dynamique en faveur de Fillon, mais c'est tout simplement parce que celle-ci était flagrante et affectait tous les goupes.

 

Le cas de Hollande est, me semble-t-il, encore plus intéressant. En ce qui concerne la primaire de la gauche, on connaît mal le corps électoral. On avait peut-être quelques informations concernant le choix entre Montebourg et Hollande, et encore. Par contre, il me semble évident que l'on n'avait pas d'informations fiables concernant le choix entre Valls et Hollande, cette situation étant totalement inédite : Hollande est quand même le Président. Les sondages qui plaçaient Valls avant Hollande étaient donc nécessairement plus que contestables. Or, ce sont ces sondages qui ont conduit Hollande à ne pas se représenter ! Selon mon pifomètre personnel, les chances de Hollande, aussi bien à la primaire qu'à la présidentielle, étaient bien supérieures à celles de Valls.

 

Peut-on demander aux instituts de sondages d'avouer eux-mêmes leurs limites et de scier la branche qui les fait vivre ?

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