Primaire : un débat sain mais inquiétant

Publié le par Vincent Sévigné

Le débat d'hier soir, 17 novembre, sur France 2 a été constructif et d'une bonne tenue, sans invectives inutiles. Les journalistes sont presque restés à leur place : un exploit. Mais cet échange a montré les lacunes collectives angoissantes de nos sept samouraïs.

 

Pour moi, et sans contestation, la première absence concerne les collectivités territoriales. Les dépenses de celles-ci ont explosé durant les deux derniers quinquennats. Fillon est le seul à proposer une réduction significative du nombre des « emplois publics ». Et pourtant, tous ont bien conscience de l'ampleur du problème puisqu'ils proposent de remplacer des fonctionnaires « à vie » par des embauches à la carte : une demi-mesure qui ne réglera rien à court terme. Les suggestions pour alléger le millefeuille administratif sont tout aussi fumeuses, voire indigestes.

 

Or, ce laxisme va s'avérer particulièrement dangereux dans les mois qui viennent. Monsieur Trump promet une relance. Pierre Moscovici, Commissaire européen, assure qu'il n'y aura pas de sanctions contre les pays prodigues : information qui était connue avant le débat. Qui plus est, les sept sont plus ou moins d'accord pour exclure les dépenses militaires du fameux engagement des trois pour cent. Bref, tout est en place pour ouvrir largement les vannes. Ils auraient pu nous dire sur quels grands travaux ils allaient faire porter leur effort. Il n'en fut rien, hormis la couverture « internet » de la France.

 

Il me semble évident que les apparatchiks de tous bords vont se précipiter sur cette manne providentielle, et ce n'est pas François Hollande qui s'y opposera. La relance va entraîner l'inflation et donc la montée des taux d'intérêt. Dans quelques années, assez peu, les fonds vautours vont attaquer la France : dans ce combat à mort, celle-ci saura-t-elle se défendre ou sombrera-t-elle comme le fit l'Argentine ?

 

Un autre point me semble presque aussi inquiétant : l'autorité à l'école. Or, je l'ai toujours dit, il n'y a pas d'autorité sans sanctions. Il semble que ce message commence à passer : certains des sept sont prêts, du bout des lèvres, à tolérer des établissements spécialisés pour les élèves perturbateurs. Mais le pouvoir sera confié, plus que jamais, aux chefs d'établissement. Sauf exception, ceux-ci voudront faire croire que tout va bien chez eux et vireront les enseignants « contestataires » et non les élèves perturbateurs .

 

Enfin, monsieur Juppé lui-même n'a pas encore compris que la France ne peut plus tergiverser en matière d'immigration : or, selon moi, il faut des mesures fortes, symboliques et/ou contraignantes, nécessairement injustes pour les migrants.

 

Alors, faut-il désespérer et s'enfuir dans la station spatiale ? Non. Lorsque le patron sera choisi, il pourra encore modifier son plan de vol : on aura cinq mois pour essayer de le convaincre.

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