Où va Marine Le Pen ?

Publié le par Vincent Sévigné

La récente initiative de Marine Le Pen me surprend. Demander aux juifs de « sacrifier » leur kippa ne va lui apporter qu'assez peu de voix et risque de lui en faire perdre beaucoup. De plus, là n'est pas le problème.

 

Contrairement à beaucoup d'autres, elle n'a pas besoin de faire le buzz pour grimper dans les sondages : il lui suffit de compter sur les erreurs des autres. A gauche, elle peut s'estimer comblée : la réaction de Jean-Christophe Cambadélis face au ras-le-bol des policiers me scandalise. Par contre, la droite n'est plus « la plus bête du monde », mais la situation s'est clarifiée.

 

Il est fort probable qu'Alain Juppé sera le vainqueur de la primaire à droite ; pour ses concurrents, c'est donc son programme qu'il faut cribler : Mélenchon l'a bien compris. Pour ce faire, on peut s'appuyer sur certaines propositions des autres candidats à la primaire.

 

Sur ce point une remarque préliminaire s'impose : référendum ne veut pas nécessairement dire référendum constitutionnel ; de même, regroupement familial ne veut pas dire regroupement familial en restriction à certains cas particuliers.Un président de la République, comme un journal, peut donc organiser, quand il le souhaite, un référendum si ce référendum est seulement pour information et n'a pas force de loi ; en France, la règle est limpide : ce qui n'est pas interdit est autorisé. De même, le regroupement familial au sens « normal », et donc au sens large, est le principal responsable de l'immigration régulière et l'interrompre « provisoirement » serait un signe fort : je l'ai souvent dit.

 

Organiser un référendum immédiatement après son élection peut sembler assez étrange. Par contre, l'intervention de Nicolas Sarkozy concernant le regroupement familial a le mérite d'ouvrir le débat : le sujet n'est plus tabou. Oui ou non, Alain Juppé est-il d'accord pour permettre à un Français récemment naturalisé de faire venir en France toute sa famille, au sens large, de proches en proches ? Sur un sujet aussi grave et clivant, « botter en touche » n'est pas digne d'un candidat à la magistrature suprême.

 

Dans un tout autre registre, Alain Juppé est-il, ou non, d'accord pour introduire un peu de protectionnisme comme le propose Jean-Frédéric Poisson ?

 

On peut espérer que la suite de la primaire nous offre d'autres ouvertures. Je vais prendre un exemple : l'Education Nationale. Les bons chefs d'établissement, ceux qui ont des promotions et des primes pour leur bonne gestion, sont ceux qui dissimulent les problèmes et laissent leurs enseignants se débattre seuls face aux élèves perturbateurs. On voit aujourd'hui où nous conduit ce laxisme d'état : les enseignants courageux sont verbalement puis physiquement agressés. Or, monsieur Juppé veut maintenir ce pouvoir des directeurs et autres proviseurs. Selon moi, c'est aux enseignants qu'il faut rendre la dignité, et donc le pouvoir. La question sera-t-elle posée ?

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