Mossoul = Alep ?

Publié le par Vincent Sévigné

La bataille de Mossoul est engagée. La première question qui vient à l'esprit d'un Français est simple : va-t-on devoir écraser une population civile, comme à Alep ? Certes, Obama n'est pas Poutine et on peut espérer qu'il ne bombarde pas sciemment écoles et hôpitaux. Mais, à cette réserve près, y a-t-il de grandes différences entre Mossoul et Alep ?

 

Dans la bataille d'Alep, il y a d'un côté une rébellion divisée et pas au clair par rapport à Daech ; de l'autre, Poutine et Bachar al-Assad sont parfaitement en cohérence et résolument hostiles à tous les terroristes.

 

Avant la guerre, Mossoul avait deux millions d'habitants ; on estime qu'il en reste encore entre un million et un million et demi, majoritairement sunnites. Daech y est le seul « défenseur » et il a l'appui « relatif » d'une partie de la population. Toutefois, celle-ci est « contrôlée » par des factions locales. Il semble que des contacts soient pris pour que ces « tribus » se soulèvent peu à peu contre Daech.

 

Le soutien des Etats-Unis ne doit pas faire illusion : mis à part les forces spéciales, qui seront le fer de lance de la reconquête de Mossoul, les « attaquants » sont terriblement divisés. Les Arabes n'aiment pas les Kurdes et vice versa. Certains responsables arabes disent déjà que seuls les Arabes doivent entrer dans Mossoul. Les attaquants arabes eux-mêmes, majoritairement chiites, sont divisés entre l'armée « régulière » de Bagdad et les milices chiites soutenues par Téhéran. Par ailleurs, il y a une puissante armée turque, favorable aux sunnites, installée dans le territoire reconquis par les peshmergas et prête à intervenir « s'il y a des exactions contre les sunnites ». L'après Daech s'annonce donc extrêmement compliqué, d'autant plus que la région est riche notamment grâce au pétrole, mais pas seulement.

 

La reconstruction sera difficile ; il faudra tout rebâtir ; de plus, Daech laisse derrière lui des mines ou pièges en tous genres, mais aussi la haine entre ceux qui se sont enrichis en collaborant et ceux qui ont été spoliés ou dont les proches ont été exécutés.

 

La bataille sera-t-elle longue ? Cela dépend essentiellement de Daech. La coalition internationale a pris soin de ne pas encercler complètement Mossoul. Quelle proportion de combattants Daech va-t-il faire fuir pour aller combattre ailleurs et quelle proportion va-t-il laisser sur place pour retarder, le plus longtemps possible, la « libération » de Mossoul ? Et quelle sera la réaction des tribus locales ?

 

Des camps sont prêts, ou presque prêts, à accueillir plus deux cent mille réfugiés. Est-ce que cela va suffire ? Est-ce que Daech va laisser faire cet exode ? Des tracts ont été envoyés sur Mossoul pour prévenir la population mais un désastre humanitaire n'est pas à exclure.

 

Bref, Mossoul n'est pas Alep mais l'avenir y est peut-être encore plus inquiétant.

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